10
Feb
2026
Sortir le grand Je
10 Feb 2026
Notre fils grandit et nous avons trouvé un équilibre tous les trois, fragile mais tenable depuis que nous dormons. Et pour cela, nous avons dérogé aux recommandations officielles, ce qui a été une source de culpabilité jusqu'à ce que j'en discute avec d'autres mamans de ma génération : personne ne suit une consigne inapplicable, même appuyée par les meilleurs chiffres. Je repense à cette phrase entendue dans divers contextes : le sommeil est la clé de voûte. Oui, mille fois oui, quoi qu'en disent les pédiatres et les puéricultrices.
Pour ma part, ce sommeil est toujours fragmenté la nuit et compensé par deux à trois siestes le jour. Je ressens bien que mon état de conscience n'est absolument pas revenu à la normale, mais je suis soulagée de réaligner des pensées plus élaborées que des émotions brutes, de pouvoir enfin approfondir les révélations inopinées qui me viennent. Il me tarde d'avoir plus souvent les mains libres pour noter ces dernières, la majorité étant rapidement dispersée dans les méandres de l'oubli dès que mon fils me sollicite.
Une autre évolution particulièrement positive, depuis que j'ai retrouvé de l'énergie, est la mutation de l'esprit sacrificiel en sain don de soi. Elle a permis de retrouver la dynamique générale dans laquelle nous étions en commençant ce projet de famille : sortir le grand Je.
Élever un enfant élève les enjeux
Il y a dix ans, je croyais que l'arrivée d'un enfant diminuait la qualité de vie. Mon mari a été le premier à me prouver que c'est en réalité le meilleur moteur pour l'augmenter : en prévoyant de devenir père, il a élevé ses critères de lieu de vie, ce qui a impliqué des choix de carrière à la fois plus sécurisants et plus rémunérateurs. C'est très simple, si à l'heure actuelle nous sommes propriétaires d'une jolie maison, c'est parce que nous avons prévu d'y fonder une famille ; et non l'inverse.
En plus de la transition matérielle, devenir maman a fait sauter divers verrous mentaux dont je cherchais les clés depuis des années, tout simplement parce ce que je suis plus ferme avec les intérêts de mon enfant, qui a besoin de moi pour les défendre, qu'avec les miens propres, qu'au fond je négociais même avec moi-même.
J'ai toujours su formuler mes limites, mais je peinais à les faire respecter. Hausser la voix me demandait un effort considérable, en modulant la forme pour éviter de heurter, pour un résultat souvent peu satisfaisant. Or, lorsque cela concerne directement mon fils, plaire aux autres devient le cadet de mes soucis.
Je remarque d'ailleurs bien plus facilement le nombrilisme déguisé en altruisme, particulièrement répandu dans la génération X et celle des baby-boomers. J'y reviendrai sans doute. Aujourd'hui, je dirai seulement que certains jugements en disent long sur ceux qui les émettent.


























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